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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 11:53

Quelle surprise de vous lire !

Le ton de notre blog vous parait excessif et décousu, certes, mais je ne comprends pas ces adjectifs  pour qualifier un ton, qu’est ce qu’un ton excessif ?, qu’est ce qu’un ton décousu ?

Si ces qualificatifs s’adressent par contre à nos propos, vous avez peut-être raison Ils sont à l’image de ce que nous ressentons : désespoir,  colère, sentiment d’injustice, derniers soubresauts de parents anéantis qui viennent d’apprendre que leur fils aurait peut être  souffert.

Le ton de monsieur Derville est, dites vous, posé et respectueux, c’est précisément cette tonalité pondérée et emprunte de cynisme qui atteste du nécessaire détachement émotionnel au matraquage systématique de tous les protagonistes. Le grand spécialiste de serial killers, monsieur Stéphane Bourgoin a très bien analysé ce phénomène dans ses ouvrages. Par contre, à l’inverse, nous devons apparaitre agités, forcément, voir son enfant s’étouffer  dans ses propres glaires, pendant huit ans et demi de coma végétatif, assister impuissants à sa cauchemardesque agonie, son « laisser crever », comme l’a déclaré monsieur le député Jean Leonetti, instigateur de la loi qui porte son nom, cela énerve ! Auriez-vous eu un ton apaisé si votre enfant était mort en six jours et six nuits sans aucune sédation, de nos jours, dans nos hôpitaux ? Vous auriez sans doute pardonné, et advienne ce que pourra pour les autres! Faut-il n’avoir vraiment rien à opposer, rien à dire, rien à écrire, pour s’attacher à un aspect aussi mineur de la forme d’un texte (le ton), au lieu de débattre du fond. Quel crédit vous accorder, Madame, vous qui jetez, par extension l’anathème sur l’entièreté de nos textes et, pêle-mêle, sur tous les commentateurs de notre blog ?

Je suis croyante, convaincue d’une vie après la vie, mais vous avez vu juste je n’ai connaissance d’aucune religion ou dieu n’est qu’amour. Je considère que les religions et les sectes sont faites par les hommes, pour les hommes. Elles ont surtout servi à nous entredéchirer, à nous asservir. Ma foi en Dieu, je l’éprouve dans ma chair, dans mon âme. Elle me donne la force de vivre. Je suis par nature réfractaire à tout dogme, mot, dont la seule définition me fait frémir. Croyance, opinion, ou principe donnés comme intangibles et imposés comme vérité indiscutable. Je vous remercie d’avoir compris que je me démarquais de ce « prêt à penser », « prêt à croire », « prêt à avilir ». S'approcher de Dieu est à mon sens faire un travail d’introspection et de méditation. Par ailleurs, je ne sais pas si Dieu est catholique, juif, musulman, bouddhiste, ou autre… Votre sous-entendu, induirait-il que les gnostiques et les athées ne seraient pas dignes de respect ou d’intérêt ?

Inconditionnelle de la démocratie et de la laïcité, le seul souhait exprimé et réitéré, comme un leitmotiv dans notre blog est celui d’un référendum, d’une consultation des français qui voteraient, en conscience, et en connaissance éclairée. Vous avez encore raison, débattre n’est pas mon objectif majeur, mes vœux dépassent largement le cadre de ma petite personne.

Quelle opinion du législateur  faut-t il avoir pour imaginer qu’il truciderait les personnes âgées, nos chers parents, et nous très bientôt. Cette suspicion, cette disposition d’esprit condamne à l’immobilisme dans tous les domaines.

La vie est précieuse, certes, mais encore faudrait-il s’entendre, en préambule, sur une définition de la vie qui ferait consensus. La vie n’est-elle que biologique ? Il y aurait tant à dire ! Je vous soumets l’édifiante citation du professeur Puybasset spécialiste des EVC à ces égards, l’état végétatif est le cas le plus extrême des situations inextricables créées par la médecine. L’épouvantable revers de la réanimation moderne, qui n’est jamais un état naturel. Ce n’est pas par hasard, si plusieurs affaires médiatiques qui nourrissent la demande d’une aide active à mourir, concernent des personnes végétatives, comme Hervé Pierra en France ou Terri Shiavo aux Etats-Unis.

Nous sommes discrédités, pensez-vous, je respecte votre point de vue, mais sachez, qu’un grand crédit a été accordé à notre combat, dans les milieux médicaux. Suite à notre drame, un ajout a été apporté à l’article 37 du code de déontologie médical, figurant désormais dans le code de santé publique. Il stipule que lorsque la souffrance du patient ne peut être évaluée, du fait de son état cérébral, le médecin a recours aux traitements antalgiques et sédatifs permettant d’assurer la dignité de la fin de vie du patient. Je me dis que cela vaut bien de supporter les flèches acerbes de monsieur Derville ou de ses groupies.

Je ne sais pas si tous les philosophes étaient catholiques, je ne sais pas si Platon l’était, mais, comme Socrate, il approuvait certaines formes d’euthanasie dans des cas particuliers (source compil histoire).

Par le passé, l’euthanasie a été admise dans de nombreuses sociétés. Dans la Grèce et la Rome antique il était permis dans certaines circonstances d’aider un individu à mourir. Le philosophe anglais Francis Bacon qui créa le terme euthanasie n’hésitait pas à se faire le champion de l’adoucissement agonique, il souhaitait que l’on procure au malade, lorsqu’il n y a plus d’espérances, une mort douce et paisible. Le philosophe Michel Onfray est parrain de l’ADMD. 

Les religions, protestante et bouddhiste, estiment comme toutes les autres que la vie est précieuse et que l’ humain doit être au centre de toutes les préoccupations, c’est à ce titre qu’ils sont contre l’acharnement thérapeutique et pour abréger des souffrances inutiles, en phase terminale de maladies incurables, à la seule demande réitérée du malade concerné.

Se référer à des époques aussi lointaines pour affirmer ou infirmer quoi que ce soit ou pour légitimer une quelconque posture sur des sujets sociétaux actuels relève de l imposture intellectuelle, d’un coupable anachronisme.

Visiblement, Madame, contrairement aux précédents commentateurs et à moi-même, vous devez quant à vous, avoir connaissance d’une religion ou dieu n’est qu’amour, et en être imprégnée. Cela transparait dans le ton compassionnel de votre message, dans vos déductions humbles et empathiques sur la perception de Dieu que moi-même et les autres commentateurs, nous pouvons avoir, ainsi que dans la charitable confiance que vous accordez à vos prochains.

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Published by parents d'Hervé Pierra - dans fin de vie
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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 09:27

 

Je suis Madame Pierra, la mère d’Hervé. Notre drame a, je cite : « défrayé la chronique » et a fait l’objet de votre part, je cite : « d’une remarquable enquête d’investigation ». Vous êtes, Monsieur Tugdual Derville, délégué général d’Alliance Vita qui fut fondé en 1993 par Madame Christine Boutin. Vous vous assignez comme mission la protection des plus vulnérables et la sensibilisation du public et des décideurs à la protection de la vie humaine. Vous donnez entre autres activités, des conférences à la fondation Guilé, dont la vocation est de sensibiliser les acteurs économiques aux grands dangers de notre temps comme la laïcité. Cette fondation, inspirée de l’Opus dei, dont votre frère est un haut dignitaire à Rome, a témoigné devant l’OSCE (organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) contre « la laïcité à la française ». Vous êtes diplômé de sciences po et de l’Essec, aussi, est-ce avec modestie qu’une humble mère au foyer comme moi va tenter de procéder à l’analyse de votre « pseudo analyse ».

 

Concernant le cas de mon enfant

Je dois préciser en préambule, que vous ne nous avez jamais contactés et que nous savons, par ailleurs, après vérification, qu’aucun des protagonistes de notre affaire n’a été consulté pour la rédaction des quelques pages qui nous sont dédiées. C’est bien dommage, Monsieur Derville, vous qui déplorez que : « dès lors que l’on conteste la version médiatiquement correcte, on a plus droit à la parole. », vous n’ayez pas saisi l’occasion de l’écriture de ce livre pour vous informer de la version objectivement correcte. Le médiateur de la République de l’époque, Monsieur Delevoye, pour sa part, s’était employé pendant des semaines à essayer de briser le silence des médecins en charge d’Hervé, sans succès.

Notre fils Hervé est décédé le 12 novembre 2006 après 8 ans ½ de coma végétatif chronique irréversible à la suite d’une tentative de suicide par pendaison. Il était complètement paralysé, figé dans une totale rigidité (jamais déplacé), inconscient, trachéotomisé et nourri par sonde gastrique. Il s’étouffait quotidiennement, dans ses propres glaires, provoquant d’incessantes régurgitations car, déglutissant à minima, il faisait des fausses routes en permanence. Il était souvent placé en « isolement » car son organisme produisait des bactéries multi résistantes. Les différentes IRM pratiquées dans deux structures différentes attestaient de lésions cérébrales gravissimes et irréversibles, post-anoxiques.

Vous livrez, sans état d’âme, votre appréciation toute personnelle de l’état de santé de mon enfant, ainsi, je cite : « voilà Hervé dans un coma végétatif pratiquement irréversible ». Ces propos ne sont pas pratiquement mais carrément abjectes, visant à laisser planer un doute sur le caractère irréversible de son coma. Notre famille l’aurait donc, je cite : « supprimé », selon votre terminologie. Nous avons adressé au corps médical notre requête d’application de la loi « Léonetti » et non pas notre demande, je cite : « d’arrêt d’alimentation ». La loi serait-elle complice d’homicide dans ce tragique dénouement ?

Nous aurions été, je cite : « séduit » par, je cite : « l’interprétation de la loi à l’occasion de la mort de Vincent Humbert ». Comment peut-on « vomir » des mots d’une telle obscénité en évoquant une éventuelle séduction ? Comment osez-vous avec cynisme mentionner une quelconque séduction, alors qu'il s'agissait bien de la seule perspective légale de libérer notre fils, qui se profilait. C'est la plus grande preuve d'Amour abnégation que nous pouvions donner à notre enfant. Les mots : "interprétation de la loi" restent une énigme pour moi, car il s'agit de la loi Léonetti. C'est précisément Monsieur le député Jean Léonetti, en personne, qui est intervenu dans notre affaire. Quelle interprétation ?

Vous vous dites contre l’acharnement thérapeutique mais je constate hélas que c’est une notion subjective et abstraite donc, interprétable à souhait. A quel stade auriez-vous considéré que l’on pratiquait une obstination déraisonnable à l’encontre de mon enfant ? Dès le départ, à l’hôpital, les médecins nous avaient dit que son cerveau était « ratatiné ». Ils ont néanmoins été le chercher à la frontière de la mort, quelques mois après, nous conseillant de prendre parallèlement et au plus vite, toutes nos dispositions pour son décès. Huit ans et demi de calvaire plus tard, son organisme étouffait littéralement, son squelette s’arcboutait au point de nécessiter pour plus de stabilité d’être placé dans une coque… échec… une autre coque… sans succès. Une plaie atone (escarre) très grave et profonde blessait sa jambe. Je pense que son avenir aurait été à plus ou moins long terme l’amputation de la jambe. Au bout de combien de membres amputés considérez-vous Monsieur Derville qu’il s’agisse d’acharnement ou d’obstination déraisonnable ?

Par ailleurs, vous suspectez avec ironie un probable, je cite : « acharnement thérapeutique ? » dont auraient fait preuve mon mari et ses collègues pompiers lors de la réanimation de notre enfant. Votre agilité déconcertante dans l’art d'instiller le venin avec fluidité et constance m’incite à penser que cette pratique vous est familière. Mais vous avez raison ! Cela peut relever de l’acharnement thérapeutique légitime, comme l’ont été les soins prodigués en réanimation. Lorsque l’on ignore l’état cérébral d’une personne, inconsciente et dans l’urgence, il est légitime de tout faire pour la ramener à la conscience,  mais après, lorsque les IRM attestent de lésions cérébrales très graves et irréversibles comme dans les anoxies du cerveau, que faire ? Il n y a pas de machines à débrancher de tuyaux à enlever. Seul le corps survit parfois à minima comme ce fût le cas pour mon enfant. Je suis très étonnée de la grave confusion que vous faites entre, acharnement thérapeutique et obstination déraisonnable (maintien artificiel de la vie). Monsieur le député Jean Léonetti nous avait expliqué cette nuance lors de la mission d’évaluation de la loi sur la fin de vie en mai 2008 à laquelle il nous avait conviés pour témoigner. Ces termes plus appropriés figurent dans la loi actuelle (mauvaise enquête, Monsieur Derville !). Tout cela pour aboutir, je cite : « à la spectaculaire agonie » de mon enfant qui a duré 6 jours et 6 nuits, "spectaculaire agonie provoquée par une décision parentale". Nous serions donc, les initiateurs de cette atroce agonie. Comment ne pas percevoir au travers de ces propos, de la haine, qui trouve peut-être son origine dans la peur. Je cite: "si nous choisissons de décrypter ces affaires, c'est parce qu'elles sont totalement publiques et qu'elles ont désormais une énorme influence sur la bataille de l'euthanasie". Le "cas Pierra" se situe désormais sur une "brèche législative", laquelle Monsieur Derville ? Il semble bien, qu'au fond de vous, vous ayez pris conscience de notre intolérable situation, qui est aussi celle de 2000 à 3000 patients en France, chiffre en constante progression, à cause des progrès de la technologie médicale de réanimation. Je vous renvoie à l'édifiante réflexion du Professeur Puybasset dans son livre: "euthanasie, le débat tronqué", je cite :" à ces égards, l'état végétatif est le cas le plus extrême des situations inextricables créées par la médecine. L'épouvantable revers de la réanimation moderne, qui n'est jamais un état naturel. Ce n'est pas par hasard, si plusieurs affaires médiatiques, qui nourrissent la demande d'une aide active à mourir, concernent des personnes végétatives, comme Hervé Pierra en France ou Terri Shiavo aux Etats Unis". Vous vous inscrivez dans une véritable maltraitance institutionnalisée en proposant une mort naturelle comme seule issue à un état pas naturel, comme le nomme le Professeur Puybasset.  Les personnes qui, comme vous, prônent une mort naturelle pour ponctuer ces vies artificielles devraient nous faire part de leur méthode. La dite mort naturelle, lorsqu’elle frappe à notre porte, sous la forme d’un cancer ou autre, nous n’en voulons pas, nous ne la laissons pas faire son œuvre naturelle, nous courons vite chez le cancérologue le plus réputé pour contrecarrer « Dame nature » et défier la mort naturelle. Le principe fondateur de notre société : «  Tu ne tueras point ! », est abusivement et éhontément argué pour fermer la porte à tout débat. La compassion n’est pas « un homicide volontaire » ! C’est l’institution (c'est-à-dire l’homme) qui, en décidant que la mort n’est pas autorisée, se substitue à Dieu et condamne à des doubles peines : celle de ne plus pouvoir vivre et celle de ne pas avoir le droit de mourir. Quelle volonté délibérée de faire le mal pour le mal ! Comment osez-vous nommer, Monsieur, « spectacle », l’agonie terrifiante d’un jeune homme, qui malgré la loi, n’a reçu aucune sédation et qui faisait des bonds dans son lit comme électrocuté, brûlant et cyanosé ? Réjouissez-vous, Monsieur, le mal que vous me faites, va sûrement au-delà de vos espérances ! Confronté à notre vie tranquille, il vous fallait bien trouver matière à exercer votre malveillance. Une fausse condescendance apparaît, à dessein, je cite : « l’histoire des époux Pierra, au côté de leur fils, est si profondément marquée par la souffrance, qu’il serait indécent de leur jeter la pierre…., peut-on imaginer ce qu’a pu représenter l’engrenage de la maladie mentale, du passage à l’acte et de l’immense dépendance de leur fils ». Cet artifice est destiné à discréditer notre démarche murement réfléchie et, sert votre idéologie, je cite : « il y a de quoi perdre tout repère tant il est vrai que la grande souffrance tend à anesthésier la conscience ». A quelle maladie mentale faites-vous allusion ? Le seul diagnostique en notre possession atteste d’une grave dépression nerveuse, même si d’autres pistes, à l’époque, étaient explorées. Mon fils faisait son service militaire à ce moment là et avait fini major de son « peloton d’élèves gradés » à Vincennes en mai 1998. Mon fils, véritable cadeau de la vie, aimé de tous, était un beau grand garçon sportif de 20 ans, blond aux yeux verts, avec un sourire enjôleur….Etonnant non !…pour celui qui est devenu « grabataire » comme vous l’avez qualifié (page 115) dans une ultime délicatesse ! En faisant référence aux visites quotidiennes que je rendais à mon enfant, vous déclarez, je cite : « un dévouement excessif ne peut tenir dans la durée ». C’est indigne ! Si mes visites avaient été rares, vous m’auriez accusée d’abandon !

Un raccourci éclaire la compréhension de vos propos acerbes, je cite : « l’histoire de l’euthanasie commence par des actes revendiqués par ceux qui affirment vouloir mourir et se poursuit inexorablement par la suppression des personnes qui n’ont rien demandé, ne serait-ce que parce que constatant qu’ils sont incapables de s’exprimer, on prétendra agir en leur nom et dans leur intérêt. C’est ce qui s’est passé pour Anne-Marie comme pour Hervé Pierra ». Dans un français approximatif, cette affirmation illustre, à elle seule, votre état d’esprit !

En contestant notre requête d’application de la loi sur la fin de vie, vous vous opposez à M. le député et médecin Jean Léonetti, au docteur Régis Aubry, à l’éminent docteur Axel Kahn, au comité d’éthique de l’hôpital Cochin, à Maître Gilles Antonowicz, aux membres du conseil de l’ordre des médecins (qui nous ont présenté leurs excuses au nom de la médecine française) et à tous ceux, unanimes à nous soutenir dans l’amour et la compassion. Contesteriez-vous, Monsieur, une loi de notre république ?

Je ne comprends pas la cohérence de votre analyse :

- Vous vous félicitez de la loi Léonetti mais, d’autre part, vous critiquez la médiatisation de l’affaire Vincent Humbert qui en est à l’origine.

- Vous prétendez que tout est parfait mais cependant un point clé de la loi qui considère l’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation comme un traitement (termes de la loi) que l’on est en droit d’interrompre, vous offusque. Vous écrivez, je cite : « une disposition controversée de cette loi du 22 avril 2005 », controversée par qui ?... par vous ?

- Vous êtes satisfait de cette loi mais êtes opposé à un amendement qui y est contenu (amendement du double effet de la sédation).

Un autre mensonge vient émailler votre déferlement d’insanités, de travestissements de la vérité et d’insidieux découpages, je cite : « les parents retournent leur colère contre cette même loi, accusée d’avoir prolongé l’agonie de leur fils ». C’est faux ! Nous contestons le fait qu’en totale opposition à la loi, notre fils n’ait pas été sédaté. Nous sommes en colère à l’endroit du docteur Régis Aubry qui a conseillé à l’équipe médicale de ne pas lui administrer d’analgésiques, estimant qu’il ne pouvait pas souffrir, et que cela aurait prolongé son agonie. Ce n’est pas le même discours ! J’estime que s’il n’existait qu’un risque sur des millions que mon fils souffrit, le bénéfice du doute aurait dû lui profiter ! Une circulaire du 20 octobre 2011 concernant la loi sur la fin de vie et résultant de notre drame préconise la mise en œuvre de traitements antalgiques et sédatifs pour les patients cérébrolésés, dont on ne peut évaluer la douleur lors d’une décision d’arrêt de traitements.

La fin de vie de mon enfant relevait d’un « laisser crever », comme le précise M. Léonetti dans son livre « à la lumière du crépuscule ». Nous n’avons pas porté plainte, comme l’aurait fait à notre place, dit-il, dans son ouvrage, « l’ultime liberté ? », le docteur Axel Kahn, mais nous y pensons encore, parfois, en constatant le nombre de drames qui alimentent l’actualité. Trop souvent, les médecins confrontés à ces demandes d’application de la loi sur la fin de vie craignent d’être accusés d’euthanasie si les agonies sont trop brèves.

Vous mentez de façon éhontée lorsque vous prétendez que la journaliste, Madame Sandrine Blanchard, a sorti notre affaire de l’ombre le 18 mars 2008. Vous évoquez, avec ironie, un probable, je cite : « hasard ? Sur le plan médiatique, l’affaire Pierra éclate dans « Le Monde » en plein épilogue de l’affaire Sebire ». Non, c’est faux ! Nous ne nous sommes pas engouffrés, ni nous, ni les journalistes dans la brèche de cette actualité. Monsieur David Pujadas, présentateur du journal de 20 heures à FR2, a fait la « une » avec notre drame le 27 novembre 2006. Pour information, le forum « La Vie » ainsi que le forum des lecteurs de « La Croix » avaient été contactés par nos soins le 24 aout 2007. Il serait trop long et fastidieux d’énumérer la liste de vos mensonges car ils sont pléthore.

Ce n'est pas nous qui avons saisi le Procureur de la République, à l'époque, ce sont les médecins de Saumur, vous le savez très bien ! Pour ce qui concerne le docteur Régis Aubry, il nous a confirmé (après sa venue au chevet de notre enfant et à la lecture de ses dossiers médicaux), que la loi Léonetti était faite pour les cas comme celui de notre enfant. Ce dernier, Président du Comité de suivi du développement des soins palliatifs et de l'accompagnement, n'a pas validé notre demande par compassion, ce qui aurait été très grave et irresponsable. Or, vous écrivez, je cite : "il est touché par leur détresse. Il valide, finalement, leur demande comme entrant dans le cadre de la loi sur la fin de vie". Vous n'êtes plus, Monsieur Derville, à un petit arrangement pervers près !

Vous écrivez, je cite : "une euthanasie lui a été injustement administrée". Nous y sommes ! Voila l'explication de ce déferlement de haine, mon fils aurait dû souffrir encore et encore, pour racheter ses fautes ou les nôtres... ! Pour vous, Monsieur, son calvaire était légitime et vous appuyez votre thèse en tentant de nous culpabiliser encore plus, nous serions des parents indignes, car les autres souffrent en silence. Je cite : "il faut souligner que la plupart des proches des personnes gravement traumatisées et comateuses, les veillent sans demander qu'on leur administre la mort et sans faire de bruit".

Vous tentez de nous disqualifier en suggérant que notre demande d’application de la loi était illégitime, en invoquant un « coma pratiquement irréversible » donc, « une vie pratiquement possible ». Notre jugement aurait été altéré par la souffrance et par la lassitude d’accompagner notre enfant chaque jour. Outre le caractère infâme et diffamatoire de tels propos, vous insinuez par ce biais, que tous les protagonistes de notre drame auraient été au mieux « abusés », au pire « complices d’assassinat ».

Il est donc impératif, à ce stade, de souligner que tous les intervenants cités, médecins comités d’éthique etc…, ont jugé recevable notre requête après auscultation de notre enfant et examen de son dossier médical.

 

Concernant les six autres « affaires »

Les protagonistes des six autres affaires sont également conspués. Les récits du déroulement de leurs drames sont également travestis et passent par le filtre de votre obscurantisme. Je crains que votre démonstration de haine ne puisse se solder que par un « effet boomerang ». Vous cultivez l’art de la caricature avec brillo, jetant en pâtures avec force de sarcasmes nos échecs, nos difficultés et nos épreuves de vie avec une mauvaise foi criante. Le but affiché de ce procédé est de prouver que les « affaires », comme vous les nommez, auraient un dénominateur commun, notre incapacité de discernement.

Madame Chantal Sebire aurait même été abusée par son, je cite : « mauvais caractère ». Vous substituez à dessein, aux mots souffrance et douleur, des termes comme, je cite : « inutilité », « désespoir », « peur de la dépendance ». Votre mode opératoire atteint son paroxysme quand vos victimes sont totalement désarmées, quand elles sont décédées.

J’ai de la peine, beaucoup de peine, pour la mémoire de vos victimes et leurs familles. Je note avec effroi, concernant l’actrice, Madame Maïa Simon, je cite : « Maïa fait la une. A titre posthume ». Pour ma part, je respecte les morts.

Les français semblent se déclarer majoritairement pour l’euthanasie, de façon très encadrée, bien sûr, pour eux-mêmes et, à leurs seules demandes réitérées, en phase terminale de maladies incurables, au bout du bout, après concertations collégiales des médecins. Personne n’impose rien à personne, alors que vous, Monsieur Derville, vous exigez la souffrance expiatoire pour tous !

Sommes-nous, par nos positions, contre les soins palliatifs ? Nullement, c’est une contre vérité ! Comment pourrait-il en être autrement ? Ces insinuations sont destinées à nous discréditer. Comment pouvez-vous prétendre que nous sommes hostiles aux handicapés ? Comment pouvez-vous affirmer que nous injurions et insultons le personnel soignant ?

Vous jetez l’opprobre et le discrédit pêle-mêle sur nos amis belges, hollandais, américains et certaines sociétés japonaises, et esquimaudes. Vous égratignez, sans vergogne, des médecins, même l’éminent docteur Axel Kahn, des politiques, des avocats, des éthiciens, des journalistes, les membres du conseil de l’ordre des médecins, les 48000 adhérents à l’ADMD et leur président et pour finir, 86% des français qui se déclarent favorables à l’euthanasie. Les français ne sont pas des êtres décérébrés, instrumentalisés à souhait, qui ne savent réagir que sous le coup de l’émotion. Ils sont capables de discernement, sur un sujet à propos duquel chacun dispose d’une capacité de réflexion et malheureusement, peut-être, d’expériences personnelles.

Vous nous accusez de, je cite : «faire réagir un mort sur une actualité qui lui est posthume ». Ce qui est faux, mais vous connaissez bien cette méthode, pour la pratiquer avec une cynique délectation. Vous écrivez, concernant Madame Chantal Sebire, je cite : « la perspective de l’indispensable prise en charge palliative s’ouvre-t-elle ? Elle aurait enfin donné son consentement pour être hospitalisée ». L’insidieuse suspicion de l’implication de l’avocat de Mme Chantal Sebire dans sa prise de décision de suicide est choquante. Je cite : « on peut raisonnablement penser que cette stratégie judiciaire offensive a pu accélérer la mort de Chantal Sebire ».

Madame Humbert semble être le fil rouge de votre tentative de démonstration. Vos déclarations et vos déductions m’interpellent, me choquent, je cite : « les pleureuses sont assurément télégéniques » ; « voilà qu’on érigeait en modèle d’amour une femme capable de donner la mort à son enfant au nom d’un parallélisme terrifiant : je lui ai donné la vie, n’ai-je pas le droit de lui donner la mort ». Cet inqualifiable raccourci éclaire d’un jour nouveau le fait que le mini clip enregistré sur le kinésithérapeute de Vincent Humbert, et ses « allégations mensongères », largement diffusé par les médias, ait été financé par SOS fin de vie, un service de votre association, Monsieur Derville : « Alliance Vita » !

Vous ne faites aucunement preuve d’héroïsme, de courage, ou de vertus chrétiennes, avec la souffrance des autres, avec l’atroce agonie de mon enfant. Certes, la tentation est grande d’accéder à tout prix à la notoriété… comment disiez-vous déjà… reprenant à votre compte cette maxime : « là où il y a un corps, se rassembleront les vautours »… vous êtes servi, Monsieur Derville, le festin vous attend !

 

Conclusion

Nous ne sommes pas dupes, Monsieur, et le ton du livre est donné dès sa préface, je cite : « élections » ; « portée politique » ; « enjeu législatif » ; « matière électorale » ; « jeu du chat et de souris qui s’établit entre politiques ».

Pour ma part, je souhaiterais que les Français puissent se déterminer sur ce sujet sociétal en connaissance de cause et en conscience, par voie de référendum.

Le titre de votre ouvrage choisi à dessein : « la bataille de l’euthanasie » est édifiant, quant au désir d’en découdre et de lancer une offensive guerrière. Une croisade moderne peut-être ?

Nous ne nous laisserons pas « crucifier » aussi facilement sur l’autel de l’intégrisme !

Pour défendre votre idéologie, vous êtes prêt à tout et je pense que le cynisme affiché envers les protagonistes des sept affaires citées est à la hauteur de votre peur, peur de perdre la bataille, « La bataille de l’euthanasie ».

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Published by parents d'Hervé Pierra - dans fin de vie
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21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 18:33

Mise au point sur la modification de l’article 37 du code de déontologie médicale.

Vous pourrez y lire dans le chapitre « liberté de prescription et responsabilité » ce qui à mon sens est le germe des drames actuels et de ceux à venir : « dans les limites fixées par la loi, le médecin est libre de ses prescriptions qui seront celles qu’il estime les plus appropriées dans la circonstance », « … toute remise en cause de cette liberté comporte un risque intrinsèque de déresponsabilisation du médecin ».

Vous pourrez lire également la conclusion : « … même si elle est moins impérative que d’aucun le souhaitait, elle présente l’avantage de préserver la liberté qui est fondatrice de la responsabilité médicale et qui, en cela, protège le patient ». Voyez, il existe des impératifs à géométrie variable et nous déclarons avec le plus de sincérité possible, sans ironie, que nous avons peur de mourir en France, notre pays, dans lequel la quiétude de nos derniers jours de vie est subordonnée à une sorte de sinistre loterie.

http://www.srlf.org/rc/org/srlf/htm/Article/2011/20110805-113918-616/src/htm_fullText/fr/1012-Reanimation-Vol19-N8-p718_722.pdf

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Published by parents d'Hervé Pierra
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8 décembre 2011 4 08 /12 /décembre /2011 17:41

Notre long silence est dû à notre déménagement en Vendée, cet été, mais notre « combat » et notre vigilance ne faiblissent pas.

Nous avions promis à notre enfant pendant ses six longs jours et nuits d’atroce agonie, sans aucun accompagnement thérapeutique de nous battre pour que plus jamais personne ne connaisse un sort aussi inhumain. Promesse tenue 5 ans après son décès.

En effet, nous venons de découvrir avec une certaine satisfaction une circulaire du bulletin officiel du ministère de la justice et des libertés, qui rend obligatoire la mise en œuvre de traitements antalgiques et sédatifs pour les personnes cérébrolésées, dont on ne peut évaluer la douleur, lors de décision de limitation ou d’arrêt de traitement (loi dite « Léonetti » du 22 avril 2005.

Nous devons cette avancée à la souffrance de notre fils Hervé, à notre mobilisation sans faille et à votre soutien précieux et empathique.                                     

(Ci-dessous le chapitre concerné)

 

Circulaire du 20 octobre 2011 concernant la mise en œuvre de la loi du 22 avril 2005 relative aux droits des malades et à la fin de vie et le traitement judiciaire des affaires dites de « fin de vie »

 

1.3. L’encadrement de la délivrance des médicaments dits à « double effet » et la prise en charge de la souffrance.

 

La loi du 22 avril 2005 a également modifié le dernier alinéa à l’article L 1110-5 du code de la santé publique afin de reconnaître et d’encadrer l’utilisation des médicaments antalgiques, qui apaisent la souffrance mais peuvent avoir pour effet secondaire d’abréger la vie. La mise en œuvre d'une telle possibilité est circonscrite aux personnes en fin de vie.

Il résulte de ces dispositions que « si le médecin constate qu'il ne peut soulager la souffrance d'une personne en phase avancée ou terminale d'une affection grave et incurable, quelle qu'en soit la cause, qu'en lui appliquant un traitement qui peut avoir pour effet secondaire d'abréger la vie, il doit en informer le malade, la personne de confiance, la famille ou à défaut un de ses proches. »

Par ailleurs, suite au rapport d’évaluation de la loi du 22 avril 2005, le décret 29 janvier 2010 a entendu rendre plus explicite le droit à être soulagé de sa souffrance, en rendant obligatoire, lorsqu'une décision de limitation ou d'arrêt de traitement a été prise pour des personnes cérébrolésées dont la douleur ne peut être évaluée, la mise en œuvre de traitements antalgiques et sédatifs, permettant d'accompagner la personne jusqu'à sa mort. Dans ce cas, le décret impose d’informer l'entourage du patient de la situation et lui assurer le soutien nécessaire (nouvel alinéa de l'article R 4127-37 du code de la santé publique).

Cette obligation se situe dans le prolongement des dispositions prévues par l'article R 4127-38 du code de la santé publique, qui prévoit que « le médecin doit accompagner le mourant jusqu'à ses derniers moments, assurer par des soins et mesures appropriées la qualité d'une vie qui prend fin, sauvegarder la dignité du malade et réconforter son entourage ».

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24 février 2011 4 24 /02 /février /2011 18:56

Nous attirons votre attention sur les documents ci-dessous édités par le CNRS en 2008 qui émanent du Docteur Régis Aubry, Président de l’observatoire sur la fin de vie. Ce dernier était venu à Saumur en qualité de deuxième médecin extérieur prévu par la loi et recommandé par Monsieur le Député Jean Léonetti.

 

Extraits des documents du CNRS de 2008 sur l’alimentation artificielle et l’hydratation chez la personne en état végétatif chronique dont l’auteur est le Docteur Régis Aubry (documents achetés sur Inist Diffusion) :

 

Ø      « L’arrêt de la nutrition et de l’hydratation altère la conscience en 48 heures avec coma progressif et calme… ».

Ø      « Les causes immédiates du décès sont la déshydratation et les troubles hydro électrolytiques ».

Ø      « Il ne semble pas que l’utilisation de sédatifs soit justifiée, en particulier parce que l’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation ne cause pas de souffrance supplémentaire »

Ø      « Nous ne pouvons pas exclure une perception basique de la douleur et des études ont montré que certains processus de reconnaissance des stimuli persistent ».

Ø      « On sait la tentation euthanasique qui peut se loger derrière la demande de sédation ».

 

Le Docteur Régis Aubry avait conseillé à l’équipe médicale en charge de notre enfant de ne pas le sédater, estimant que ceci risquait de retarder la survenue de la mort après retrait de la sonde gastrique. Il inscrivait cette indication dans son rapport final et nous l’exposait lors de notre entrevue. Notre fils devait, à ses dires, s’éteindre en paix, sans souffrance. Après son agonie cauchemardesque de six jours sans sédation, nous l’avions interpellé sur le déroulement inhumain et intolérable de son décès. Il avait pour toute réponse déclaré que les médecins de Saumur n’avaient pas su faire… et, qu’il aurait fallu s’adapter à la situation. Cette façon désinvolte et irresponsable de décliner sa responsabilité dans cet atroce fiasco nous avait choqué et nous choque encore. Trois ans après l’instauration de la loi sur la fin de vie du 22 avril 2005 et deux ans après la médiatisation de l’agonie de notre enfant, ces documents ont une cruelle résonnance pour nous. Notre fils aurait-il souffert ? Le Docteur Régis Aubry met en doute l’utilité de la sédation pour les personnes en état végétatif chronique et parallèlement n’exclut pas pour ces patients la perception de douleur. C’est un point de désaccord souvent constaté au cours des débats entre lui et M. Léonetti. D’autre part, l’évocation de la « tentation euthanasique » qui pourrait se loger derrière la demande de sédation est, à elle seule, édifiante !

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23 février 2011 3 23 /02 /février /2011 16:43

Nous avons été reçus par le Conseil National de l’Ordre des Médecins à Paris  le 4 décembre 2008.

Lors de notre entrevue, nous avons témoigné sur le cas de notre fils Hervé Pierra et avons abordé le délicat problème de la sédation. Le Docteur Stefani, Vice-président de la section Ethique et Déontologie, nous informait de la prochaine modification de l’article 37 donnant obligation aux médecins de sédater dans des cas semblables à celui de notre enfant. Les médecins présents faisaient état de leur souhait d’employer le verbe devoir (le médecin…doit mettre en œuvre les traitements…sédatifs…) et parallèlement nous indiquaient que certains de leurs confrères préféraient la mention pouvoir (le médecin…peut mettre en œuvre…). Ayant pris par ailleurs connaissance des prises de positions du Docteur Régis Aubry sur le sujet (celui-ci pense que la sédation est inutile pour les cas de patients en état végétatif chronique), ils se désolidarisaient totalement et unanimement de leur confrère.

 

Extrait du journal « La Croix » du 10 février 2009

La mission Leonetti sur la fin de vie avait proposé de clarifier le recours à la sédation. Un article du code de déontologie, que « La Croix » s’est procuré, a été modifié en ce sens :

Les personnes en état végétatif, les grands prématurés, ceux dont le cerveau est gravement lésé souffrent-ils lorsque l’on interrompt un traitement ou une réanimation devenus inutiles ? En l’absence de souffrance exprimée, la réponse est incertaine. Dans le doute, il a été décidé que les médecins auraient le droit de leur administrer des sédatifs. C’est tout le sens de l’ajout fait à l’article 37 du code de déontologie médicale, qui figurera également dans le code de santé publique : « Lorsqu’une limitation ou un arrêt de traitement a été décidé (…) et lorsque la souffrance du patient ne peut être évaluée du fait de son état cérébral, le médecin A recours aux traitements antalgiques et sédatifs permettant d’assurer la dignité de la fin de vie du patient. Il veille également à ce que l’entourage du patient reçoive un soutien approprié ». Ce texte a été soumis en début de semaine au Conseil d’État.
Cette nouvelle disposition résulte de l’affaire Pierra, qui avait ému la France entière. Devant la mission Leonetti, chargée d’évaluer la loi sur la fin de vie, les époux Pierra, encore à vif, avaient raconté la terrible fin de leur fils Hervé, 20 ans, après la levée de la sonde qui le maintenait artificiellement en vie. Le jeune homme, loin de s’endormir comme cela leur avait été dit, avait agonisé durant six jours, secoué de tremblements croissants, dans une chambre, aux dires des parents, désertée par des médecins impuissants."Personne ne peut affirmer que le mourant ne souffre pas"

 

Article 37 (article R.4127-37 du code de la santé publique) modifié par le décret  n° 2010-107 du 29 janvier 2010

« III. - Lorsqu'une limitation ou un arrêt de traitement a été décidé en application de l'article L. 1110-5 et des articles L. 1111-4 ou L. 1111-13, dans les conditions prévues aux I et II du présent article, le médecin, même si la souffrance du patient ne peut pas être évaluée du fait de son état cérébral, MET en œuvre les traitements, notamment antalgiques et sédatifs, permettant d'accompagner la personne selon les principes et dans les conditions énoncés à l'article R. 4127-38. Il veille également à ce que l'entourage du patient soit informé de la situation et reçoive le soutien nécessaire. »

 

Conclusion : Après toutes ces tergiversations (de décembre 2008 à janvier 2010), après toutes ces propositions de verbes (devoir, pouvoir, avoir et mettre), c’est finalement une sorte de « statuquo » qui a remporté les suffrages. Le recours du verbe mettre (le médecin met en œuvre les traitements sédatifs) est sensé clarifier le recours à la sédation.

C’est affligeant et consternant de constater encore et toujours que tout va reposer sur l’arbitraire des médecins. Pourquoi ne pas accorder le bénéfice du « doute de la souffrance » au patient et le sédater d’office !

 

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18 février 2011 5 18 /02 /février /2011 18:11

Le dimanche 11 février 2007 à la Mutualité à PARIS, en fin de discours tenu devant ses comités de soutien à l’élection présidentielle, Nicolas SARKOZY a parlé de la Vie et de la Mort. Puis il a évoqué une éventuelle légalisation de l’Euthanasie. Il déclarait :

« Les principes je les respecte, les convictions je les respecte. Mais je me dis quand même,
au fond de moi, il y a des limites à la souffrance qu’on impose à un être humain ».

Et il ajoutait : « on ne peut pas rester les bras ballants devant la souffrance d’un de nos compatriotes qui appelle à ce que ça se termine, tout simplement parce qu’il n’en peut plus ».

Madame Christine Boutin avait déclaré que si le candidat Nicolas Sarkozy maintenait ces propos, elle se présenterait aux élections présidentielles et lui confisquerait par la même un potentiel de 2 % de vote dont elle était accréditée. Non contente d’exceller dans l’art du chantage, elle excelle aussi dans celui de la « fanfaronnade », claironnant, après gain de cause d’avoir empêché Nicolas Sarkozy de franchir « la ligne jaune ».

 Madame Christine Boutin récidive en 2011 en menaçant de ne plus faire partie de cette majorité si le Sénat votait une loi visant à légaliser l’euthanasie : "Je ne peux pas m'imaginer que ce texte aille au bout. S'il était voté in fine, je ne ferai plus partie de cette majotité. Si on donne l'autorisation à une personne de tuer une autre personne, on va vers la barbarie. Le danger est là", a-t-elle insisté.

 

Madame Christine Boutin ne peut concevoir aucun débat démocratique autour du thème de la fin de vie qui concerne pourtant chacun d’entre nous. Nous pouvons entendre les opinions diverses de nos détracteurs, les respecter, les soumettre à débat, bref, dialoguer !, mais là, trop c’est trop !

L’emploi du mot « barbarie » est édifiant quant au manque de pondération de Madame Boutin et donc à sa crédibilité. Ce terme à connotation guerrière est révélateur de l’incapacité de discernement de son auteur. Agiter les peurs pour rallier les opinions, est l’arme des « petits », des « pas sûrs d’eux » et des « à bout d’arguments ».

Vous pouvez, Madame Boutin, calomnier, offenser, provoquer et vous parer de vertus imaginaires, mais sachez que vous n’avez que l’écho que vous méritez dans le grand public : celui du dédain. Votre fixation névrotique, votre obscurantisme, voire votre intégrisme religieux, vous précèdent et vous disqualifient d’avance ! 

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17 février 2011 4 17 /02 /février /2011 16:10

« Le temps du deuil est devenu celui de l'horreur »

Danièle et Paul Pierra ont aidé leur fils à mourir et expliquent dans un livre leur démarche.  Ils ont également souhaité aider Chantal Sébire dans ses derniers jours.

 

Jean-Jacques Bourdin : Votre fils Hervé, est resté 8 ans dans le coma. Après de multiples hésitations, la justice à autorisé qu'on lui retire la sonde qui l'alimentait.    Il a mis 6 jours pour mourir, une agonie insupportable pour vous deux, et vous vous êtes promis sur son lit de mort de tout faire pour que jamais personne ne meure dans les mêmes conditions que lui. Je crois savoir que vous étiez en relation avec Chantal Sébire, c'est vrai ?
Paul Pierra : Oui je lui ai téléphoné. Le 27 au soir, quand j'ai vu ce reportage, j'ai tout de suite dit à Danièle qu'il se passait quelque chose de très "fort", et je suis allé sur les pages blanches, j'ai tapé son nom et j'ai trouvé son numéro. J'ai appelé, je suis tombé sur son fils Vincent avec qui j'ai eu une longue conversation. Je lui ai dit toute mon émotion. On a échangé nos mails et nos numéros de téléphone, et je lui ai envoyé un certain nombre d'articles et de lois pour l'aider. On a parlé des obstacles à nos requêtes, également, et on a décidé de rester en contact. Il m'a aussi donné le numéro de sa maman et j'ai eu trois conversations avec Chantal.
J-J B : Et la dernière ?
P P : La dernière datait d'il y a environ une semaine parce qu'ensuite c'était très difficile, et Gilles Antonowicz, qui est son avocat et aussi celui qui a écrit le livre sur Hervé, nous a déconseillé, il nous a dit que Chantal était très fatiguée, qu'il venait de la voir, qu'elle était très éprouvée, qu'il fallait la protéger, la ménager, donc depuis nous ne l'avons pas appelée.
J-J B : Doit-on à tout prix chercher à savoir comment Chantal Sébire est décédée ?
Danièle Pierre : Je suis parfaitement indignée que l'on persécute cette dame au-delà de la mort. Cette pauvre femme a déjà tellement souffert, elle a appelé à l'aide et n'a eu aucune réponse, elle est morte seule, chez elle, et certainement avec un immense sentiment d'abandon. Donc personnellement je suis outrée.
J-J B : Et vous Paul ?
P P : Egalement, je suis outré et je voudrais compléter ce que Danièle vient de dire, à savoir que dans le cas de notre fils, nous aurions pu être à ses côtés, lui tenir la main pendant ses derniers instants parce que pendant huit ans et demi, Hervé était une enveloppe charnelle. On aurait pu être à ses côtés au moment de son départ. Mais non, on a reçu un coup de téléphone et on nous a annoncé qu’Hervé était décédé. Il est décédé sans sa famille à ses côtés et ça rejoint un peu ce que disait Danièle à propos de Chantal, qui est morte toute seule. Elle a crié très fort, elle voulait ses proches autour d'elle, elle disait qu'elle voulait faire un petit peu la « fête » avant, elle voulait passer de bons moments avec les êtres qui lui étaient chers et partir en toute sérénité. Et ça ne s'est pas passé comme ça.

J-J B : On va reprendre ce qu'il s'est passé avec Hervé : le 30 mai 1998, Hervé tente de se suicider, il faisait son service militaire et il s'est pendu et c'est vous, Paul, qui l'avez retrouvé. Vous l'avez réanimé, son cœur est reparti mais son cerveau a été trop longtemps sans oxygène
P P : Là ça a été assez difficile. Il faut savoir que pendant trois semaines, nous avions encore de l'espoir et on se disait qu'il allait revenir, sortir du coma. Quand on a dit à Danièle qu’Hervé était condamné et qu'il était dans un état végétatif, Hervé a donc été transféré à l'hôpital de Saumur mais le destin est terrible, parce qu’Hervé est né le 6 septembre 1977 dans ce bâtiment qui était une maternité qui est devenue un centre de soins de longs séjours et Hervé est revenu dans ce même bâtiment. Quand on a vu ça, quand on a vu que Hervé revenait à l'endroit où Danièle lui avait donné la vie...
J-J B : Pendant huit ans et demi vous l'avez assisté Danièle, vous alliez le voir tous les jours...
Danièle Pierra : Oui, pendant huit ans et demi, je voyais mon fils tous les jours, je le massais, je lui racontais la vie à l'extérieur, la vie de ses sœurs, la notre, l'actualité du monde et puis beaucoup de paroles d'amour comme ce qu'il se passe entre une maman et son enfant.
J-J B : Vous avez cherché à connaître la loi bien sûr, à savoir ce que disait la loi, vous avez été alerté par l'affaire Vincent Humbert, qui a réclamé le droit de mourir, qu'est ce qu'il s'est passé dans votre esprit à ce moment là ?
P P : D'abord, moi je savais ce qu'il en était de l'état d'Hervé. Danièle a eu plus longtemps un petit espoir. Je suis quelqu'un de très légaliste et j'ai demandé à ce moment là aux médecins de ne pas faire d'acharnement thérapeutique et ils m'ont répondu qu'il n'y avait pas de problème. Nous avions de bons rapports avec les médecins, il n'y avait aucun problème, on parlait le même langage. Ensuite est arrivée l'affaire Vincent Humbert que nous avons suivi au quotidien. J'ai passé des heures sur Internet pour voir son avancée, pour acheter les livres et voir comment l'affaire évoluait. Cette loi Léonetti a vu le jour, et dès son décret d'application, on a fait notre requête avec ma famille.
J-J B : Qu'est ce que vous demandiez ?
P P : On demandait simplement l'application de la loi Léonetti, en faisant référence aux différents articles, ni plus ni moins.
J-J B : Vous demandiez qu'on lui retire cette sonde qui l'alimentait ?
P P : C'était la seule solution. Il faut savoir que pendant huit ans et demi, Hervé était dans un lieu où il était le seul jeune, il y avait 99% de personnes en fin de vie. Donc nous ce qu'on demandait, c'est simplement l'arrêt de tous les traitements. A partir de ce moment là, le comportement des médecins a changé du tout au tout.
J-J B : Si j'ai bien compris, on vous a donné cette autorisation, la loi Léonetti a donné l'autorisation à l'équipe médicale, de retirer cette sonde qui alimentait votre fils ?
P P : Oui, mais ça c'est un écrit et entre un écrit et la réalité il y a un gouffre.
J-J B : Et vous avez mis longtemps ?
D P : 14 mois de lutte acharnée avant que la loi ne soit appliquée, 14 mois de tentatives d'intimidation, de déstabilisation, de travestissement de notre demande en demande d'euthanasie, tout a été mis en place pour que nous nous retrouvions devant un refus.
P P : Ça a été un vrai parcours du combattant ; dès qu'on a montré notre requête, ça a été un obstacle. C'est simple, nos rendez-vous avec les médecins, alors qu'avant c'était sympathique, il y avait l'infirmière en chef à la droite du médecin qui venait s'asseoir pour être témoin de tous les dires. Quand on a vu ça on s'est dit que ce n'était pas croyable ce changement d'attitude totale. Par contre je vais dire une chose que je n'ai pas souvent l'occasion de dire, mais je veux rendre hommage à toutes les infirmières et aides soignantes qui pendant huit ans et demi se sont occupées d'Hervé avec amour, avec compassion, avec sollicitude, et je bénis ces femmes là, elles ont été admirables. Par contre les médecins, on a voulu porter plainte contre eux, et quand on a pris conseil auprès de Maître Gilles Antonowicz, il nous a dit qu'en pénal ce n'était pas possible et en administratif c'était trois ou quatre ans. Donc on a décidé d'écrire un livre pour montrer ce qu'ils nous ont fait.
J-J B : 14 mois avant qu'enfin les médecins enlèvent la sonde qui nourrissait votre fils, et là, six jours d'agonie...
D P : Six jours d'agonie, de cauchemars, d'après un grand professeur qui s'est rendu à Saumur et qui a consulté Hervé et regardé son dossier médical, et qui a eu une conversation avec chaque membre de l'équipe médical. D'après lui, ça devait être le temps du deuil et du départ, et ça a été le temps de l'horreur.
J-J B : On l'a laissé mourir en quelques sortes, on l'a laissé agoniser ?
P P : Absolument, et sans sédatif. Ils sont partis du principe que quelqu'un dans un coma végétatif irréversible ne souffre pas.
J-J B : Les médecins n'ont pas voulu prendre de responsabilités dans toute cette affaire ?
P P : Absolument, c'est ça qui est ignoble, c'est que tout le monde voyait, tout le monde savait, mais personne ne faisait rien. Je ne sais pas, au bout du sixième jour, s'il s'est passé quelque chose, et si quelqu'un a craqué et a dit qu'il y en avait marre, ou si c'est Hervé qui est parti.
J-J B : Est-ce qu'on l'a aidé à mourir ?
D P : Nous ne le saurons jamais.
P P : Je me dis seulement qu'il y a peut être quelqu'un qui a fait preuve d'humanisme.

« Mme Boutin qui se vante... c'est aberrant !»

Christine Boutin rappelait récemment avoir influé sur le président de la République à propos de l'euthanasie. Le couple Pierra réagit vivement.

J-J B : Vous êtes des militants pour l'acceptation de l'euthanasie, et les soins palliatifs ?
P P : Tout à fait et je sais de quoi je parle. Je vais vous faire un parallèle qui est vraiment criant : mon père est mourant, il a une tumeur agressive et évolutive au niveau du cerveau, il est en soins palliatifs et ça se passe très bien, il ne souffre pas, là il ne demande pas à partir.
J-J B : Alors la loi est suffisante ?
P P : Non, mais ça ce n'est pas la loi. La loi Léonetti, c'est arrêter tout traitement. Pour mon père, on applique les soins palliatifs, on n'a pas arrêté les traitements et c'est totalement différent. Je suis pour qu'on augmente les soins palliatifs et qu'on fasse ce que l'on est en train de faire pour mon père. Il faut qu'on respecte ceux qui demandent à partir, l'exception à l'euthanasie, dans des cas extrêmes comme Chantal Sébire ou Hervé.
J-J B : Je crois, Danièle, que vous avez été choquée par les propos de Christine Boutin et que vous teniez à le dire ?
D P : J'ai été indignée par les propos de cette dame, qui a évoqué, en ce qui concerne Chantal Sebire, un souci d'esthétique et de coquetterie pour expliquer la démarche de demande d'euthanasie. Je suis profondément choquée devant si peu de charité chrétienne. En ce qui nous concerne, si cette dame n'avait pas fait infléchir notre président de la République dans le sens d'une non-acceptation d'une exception d'euthanasie, peut-être que notre enfant ne serait pas parti dans des conditions aussi horribles.
P P : C'est quand même aberrant de savoir que Christine Boutin se vante sur son site avec son potentiel en 2002 de 2% d'électeurs, d'avoir, en retirant sa candidature, fait infléchir, avoir fait changer d'avis le président de la République. Elle se vante de l'avoir empêché de franchir la ligne blanche. Et M. Sarkozy, dans son discours, nous a donné plein d'espoir, on s'est dit que c'était merveilleux, qu'il allait faire quelque chose, qu'il allait se bouger, et on pensait qu'il y allait avoir cette exception. Il faut compléter la loi Léonetti.

 

 

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15 février 2011 2 15 /02 /février /2011 12:26

...Quelque temps plus tard, la famille d’Hervé Pierra raconte dans ce même quotidien (le journal « Le Monde ») son calvaire de six jours après avoir accepté la dite méthode pour leur enfant. On imagine ce que peut être la souffrance des familles quant une telle situation dure plusieurs semaines. Jamais culpabilisés, les opposants doctrinaires à l’euthanasie accusèrent le médecin traitant de n’avoir pas prescrit suffisamment de sédatifs et de morphine. Peut-être… Mais alors, je retournerai l’accusation contre ceux qui reprochent au médecin de n’avoir pas été assez efficace : et eux, n’ont-ils pas aussi été insuffisants ? Pourquoi ne pas avoir eu le courage d’aller jusqu’au bout de leur intention première, qui était bien de permettre à ce jeune homme de partir ? Pourquoi ne pas avoir tout simplement et humainement mis fin au calvaire de cette famille et du malade en injectant un barbiturique qui aurait permis à ce jeune homme de s’endormir paisiblement ? Exactement ce que réclamait la famille. Rien ne justifie cet attentisme cruel, même s’il est conforme à la loi.

            Une telle attitude est d’une stupide inhumanité.

            Quelle est donc la philosophie de cette société qui propose comme solution la transformation d’un être humain en squelette déshydraté, perdant toute dignité, laissant à son entourage le souvenir terrible d’un corps martyrisé ? Comment peut-on approuver les médecins défenseurs d’une telle barbarie, et traiter d’assassins les partisans du penthotal ?

            Et qu’on cesse d’affirmer hypocritement que ce temps est nécessaire pour préparer la famille au travail du deuil. La ficelle est un peu grosse. S’il faut voir souffrir l’être aimé pour faire son travail de deuil, alors, en effet, il faut faire vivre le mourant le plus longtemps possible, et réhabiliter l’acharnement thérapeutique…

            Cet argument ne tient pas : cette période où l’on attend la libération de l’autre laisse toujours des souvenirs cruels, culpabilisants. Pourquoi la prolonger ? Et je pose la question : quel citoyen est volontaire pour cette méthode, conséquence indirecte de la loi actuelle ?

            Pour moi, c’est clair : jamais ça.

Jamais cette fausse « euthanasie », cette mort prétendument naturelle. Personnellement, je souhaite un moyen rapide, digne et sans douleur. Du penthotal me conviendrait parfaitement, que ce soit à prendre par la bouche ou par voie intraveineuse, ça ne me dérange pas. Je ne suis pas difficile ! Aux autres citoyens de préciser par écrit leur choix avant qu’il ne soit trop tard.

            Et puisque alimenter de force une personne qui veut partir est reconnu comme un acharnement thérapeutique, j’espère que supprimer toute alimentation et laisser le corps mourir par déshydratation sera bientôt considéré comme un harcèlement thérapeutique palliatif.

            La société, après avoir mis des dizaines d’années à condamner le premier, va-t-elle mettre autant de temps à condamner le deuxième ? Ces deux attitudes extrêmes relèvent du même principe : un faux respect de la vie. Voilà bien la preuve que les positions dogmatiques qui se voudraient les plus fidèles aux exigences divines se révèlent les plus inhumaines !

            Quand je vois cette attitude prônée par des religieux et des croyants au nom du sacro-saint respect de la vie, j’ai envie de crier : « Dieu, réveille-toi ! Ils sont devenus fous. »

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12 février 2011 6 12 /02 /février /2011 19:35

LAISSER MAL MOURIR

 

            «  L’acharnement thérapeutique est complètement inutile. Il faut bien voir que la plupart du temps, à l’hôpital, on meurt parce qu’un médecin a décidé qu’il fallait mourir. Á un moment donné, il enlève le tube. Il fallait bien l’enlever à un moment ou à un autre… »

Albert Jacquard

 

            Il est sapeur-pompier, c’est dire que des blessés et des morts, il en a rencontré dans sa vie professionnelle. Mais ce jour-là, c’est son fils qu’il a dû réanimer après que ce dernier ait choisi de se pendre pour mettre fin à ses jours.

            Au début, certainement, l’espoir était intact. Il était jeune et vivant et s’il ne reprenait pas immédiatement connaissance les progrès viendraient plus tard. Mais il est vite apparu dans le cheminement médical du non-dit que la vie resterait ainsi, « végétative » disent les médecins, comme un « légume » se risquent à avancer plus crûment certains. Le corps biologique présent et l’esprit absent, l’assistance pour respirer, le tuyau pour nourrir et les mois et les années qui passent, le deuil qui s’installe et s’assume. La loi d’avril 2005 dit bien « qu’il est possible d’arrêter un traitement qui n’a d’autre but que le maintien artificiel de la vie ». Il demande alors avec son épouse l’arrêt de ce qu’il considère être un acharnement thérapeutique. Á partir de ce moment, le corps médical se braque devant ce qu’il interprète être une demande euthanasique. Le parquet alerté, se rend sur place pour rappeler l’interdit de tuer créant une situation de tension entre la famille et les médecins. Régis Aubry consulté fait une analyse complète de la situation au regard de l’éthique et de la loi. Le corps médical, après vérification juridique, accède à la demande de la famille après lui avoir fait signer un protocole que ne réclame pas la loi. Tous les traitements arrêtés la mort survient au bout d’une semaine dans un tableau de fièvre, d’encombrement pulmonaire et de convulsions. Ce moment a été vécu comme un « temps de l’horreur » par la famille.

            J’avais déjà rencontré ce père révolté qui considère qu’on n’a pas accompagné son enfant, mais qu’il a été abandonné par peur des juges ou parce que les médecins ont plus suivi la lettre que l’esprit de la loi. L’arrêt des traitements ne signifie évidemment pas l’arrêt des soins et la loi l’indique clairement sans préciser dans le détail les traitements préconisés. Il tombe également sous le sens que le corps ne peut être abandonné et « démédicalisé » sous prétexte que la douleur n’est probablement pas ressentie par un sujet dans le coma.

            De toute évidence, la médecine moderne est capable de sauver des vies, parfois de les prolonger artificiellement, alors que l’humain s’est retiré de la machine biologique maintenue en vie par les machines médicales. Il est un moment où la sagesse, l’humanité et l’humilité doivent contraindre à arrêter ce qui est devenu inutile ou disproportionné. La loi l’affirme clairement ajoutant que le médecin dans ce cas doit préserver la dignité du mourant. Pour le malade et sa douleur potentielle non exprimée, pour son entourage en souffrance, pour le simple respect de ce corps abritant une vie finissante, l’arrêt d’un traitement inutile de survie ne dispense pas du devoir de non-abandon et d’un traitement d’accompagnement.

            Fallait-il ajouter la souffrance d’un départ douloureux à celle du deuil ?

            Je sais qu’après lui avoir retiré les moyens de survie artificielle, endormir profondément ce jeune homme et compenser tous les troubles apparents même probablement non ressentis n’était pas une faute légale et constituait un devoir moral.

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  • : Ce blog est destiné à faire connaitre notre drame et à recueillir vos commentaires et témoignages personnels sur le délicat sujet de la fin de vie. Notre fils Hervé Pierra est resté plongé dans un coma végétatif chronique irréversible pendant 8 ans 1/2. Il est décédé après l'application de la loi Léonetti en 6 jours cauchemardesques, sans sédation. Nous avons promis à notre enfant de nous "battre" pour qu'une telle horreur n'affecte plus jamais personne.
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