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10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 13:47

Monsieur,

Vous paraissez être en accord avec les propos de M. Tugdual Derville. Je vous respecte, Monsieur, et peux comprendre votre courroux. Je dois souligner, en préambule, que je n’ai nullement la volonté de froisser la communauté catholique à laquelle j’appartiens.

Vous auriez apprécié plus de pondération de ma part mais, sachez, que M. Derville ne nous a jamais contactés pour son « enquête », ni nous, ni aucun des protagonistes cités et qu’il s’adonne à des outrances déplacées, voire cruelles.

Je ne peux pas imaginer qu’une personne de sa qualité n’ai pas à dessein finement choisi son vocable. Les termes « d’acharnement thérapeutique » et « d’obstination déraisonnable » n’ont pas lieu d’être employés pour des gestes de « premier secours » comme les nomme mon mari. Je lis dans le dictionnaire la définition de l’adjectif « spectaculaire » qui qualifie l’agonie de mon fils : « qui frappe l’imagination, qui fait sensation », c’est tout ! Ne feignez pas de ne pas comprendre s’il vous plait, diriez-vous, écririez-vous par exemple d’un drame humain, qu’il est spectaculaire plutôt que dramatique, atroce ou tragique ? L’emploi du verbe séduire pour traduire l’incommensurable épreuve de prendre la plus lourde décision qu’il soit pour des parents est indécent, c’est une démarche d’amour et d’abnégation. Je ne parviens pas à imaginer que vous ne puissiez distinguer cette nuance volontairement blessante. Monsieur, M. Derville considère froidement que l’on a « supprimé » notre enfant, cela ne vous choque-t-il pas ? Et vous vous étonnez de ma cinglante réponse ! Que penser aussi du « coma végétatif pratiquement irréversible », pour appuyer sa démonstration, l’auteur n’hésite pas à faire mal et je vous renvoie, Monsieur, si vous le permettez, aux écrits du Professeur Puybasset qui distingue les Etats Végétatifs Chroniques consécutifs aux traumatismes crâniens, à ceux consécutifs à des anoxies du cerveau dont on ne sort pas, c’était le cas de notre fils (livre du Prof. Puybasset : « euthanasie, le débat tronqué »). A deux reprises à l’hôpital Percy où il avait été transporté, on nous avait dit de prendre nos dispositions pour les obsèques de notre enfant. Je ne souhaite à personne, à personne Monsieur, de connaître un tel sort et j’espère que M. Derville ne connaitra jamais non plus tout ce déferlement indicible, indescriptible de douleurs. J’ai passé beaucoup de choses sous silence dans ma réponse à l’auteur du livre pour ne pas être considérée comme une « pleurnicheuse », je pourrais écrire un livre. Quant à mon fils, c’était un cadeau de la vie, mon bonheur, mon amour, ma fierté. Mes filles aussi, sont des amours, elles ont assez souffert de ce tragique destin.

Vous avez raison sur un point. En médiatisant notre drame, nous nous sommes exposés. Au moins un point d’accord entre nous ! Mais ce n’était pas en tentant, de façon sordide, de nous engouffrer dans la brèche du drame de Mme Chantal Sebire en 2008. Mon mari, détruit, a poussé son « cri de douleur » au journal télévisé de M. Pujadas le 27 novembre 2006 sur FR2 à 20 heures, nous n’imaginions pas une telle horreur, de nos jours, dans nos hôpitaux.

Vous dites que mon droit de réponse ne vient pas rétablir des « faits » ou une « vérité ». Je n’ai aucune prétention et le seul qui ait mentionné ce mot de « vérité » est M. Derville quant il écrit : « la vérité rend libre », comme s’il s’appropriait cette maxime. Avant de se demander si la vérité rend libre, il faudrait savoir si la vérité (universelle, intemporelle etc… existe, si elle n’est pas qu’une vue de l’esprit), s’il n’existe pas (plus justement) des « vérités ». Je suis beaucoup plus humble que M. Derville, je ne détiens pas « la vérité » et je pense par ailleurs que la liberté absolue n’existe pas, ne serait-ce qu’à cause de considérations existentielles.

M. Derville et vous-même déclarez ne pas partager une interprétation de la loi. Je ne suis pas d’accord avec vous, ce sont les termes même de la loi que vous contestez.

Mon mari et moi-même sommes en capacité de dialoguer, débattre et d’écouter. Nous avons eu beaucoup d’échanges enrichissants au cours de certaines journées nationales sur la fin de vie, sans passion, sans camper sur des idéologies respectives. Nos contradicteurs comprenaient notre drame et pensaient qu’une réponse devait-y être apportée, tout en étant contre l’euthanasie. Voici, à ce sujet, l’édifiante réponse du Professeur Puybasset dans son livre « euthanasie le débat tronqué » : Je cite : « … à ces égards, l’état végétatif est le cas le plus extrême des situations inextricables créées par la médecine. L’épouvantable revers de la réanimation moderne, qui n’est jamais un état naturel. Ce n’est pas par hasard si plusieurs affaires médiatiques qui nourrissent la demande d’une aide active à mourir, concernent des personnes végétatives, comme Hervé Pierra en France ou Terri Shiavo aux Etats Unis ».

Pourquoi, pourquoi, cette « bataille », j’ai même lu dans une tribune de M. Derville ces mots :   Je cite : « des salves guerrières » ? Pourquoi ne pas construire au lieu de détruire, invectiver ou injurier. En quoi cela fait-il avancer le débat ?

M. Tugdual Derville ignore qu’indirectement en provoquant mon droit de réponse, une petite brique dans notre reconstruction nous a été offerte, par une inattendue réponse, une improbable invitation au dialogue qui nous réchauffe le cœur, comme une petite flamme.

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Published by parents d'Hervé Pierra - dans fin de vie
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  • : Blog parents d'Hervé Pierra: fin de vie dans la compassion
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  • : Ce blog est destiné à faire connaitre notre drame et à recueillir vos commentaires et témoignages personnels sur le délicat sujet de la fin de vie. Notre fils Hervé Pierra est resté plongé dans un coma végétatif chronique irréversible pendant 8 ans 1/2. Il est décédé après l'application de la loi Léonetti en 6 jours cauchemardesques, sans sédation. Nous avons promis à notre enfant de nous "battre" pour qu'une telle horreur n'affecte plus jamais personne.
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