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3 mars 2015 2 03 /03 /mars /2015 19:39

Auteurs du livre : Docteur Jean-Jacques CHARBONIER (anesthésiste réanimateur)

                Mme Annie BABU (infirmière, assistante sociale,déléguée ADMD pour la Guadeloupe)

 

Dans cet ouvrage, la mort est abordée sous un prisme original et passionnant. J'espère que les propositions d'adoucir la fin de vie des patients en soins palliatifs, émises par Mme Babu, trouveront une résonance dans les milieux médicaux. Délivrer des témoignages d'EMI emplis d'espoir et d'amour, pourrait apaiser les esprits au moment du grand voyage. Madame Dron, en postface, soulève pour nous tous, un coin du voile mystérieux qui drape l'après vie. L'amour, la fraternité, le fort sentiment d'être tous unis et, rattachés à la conscience universelle, bienveillante, nous rassurent et apaisent les âmes.

Je suis beaucoup plus sceptique quant aux véritables motivations du docteur Charbonier, qui semble avoir saisi l'opportunité de ce livre pour dresser un véritable procès d'intention aux partisans de l'euthanasie médicale.

Son discours politiquement correct, en adéquation avec la loi Léonetti actuelle page 159 (... donner, sur la demande du patient, des doses très fortes de morphine dans un but antalgique, même si celles-ci sont potentiellement mortelles) se mue en diatribe partisane à l'encontre de toute aide à mourir dans les pages suivantes. Le caractère révocable à tous moments, des directives anticipées, n'est jamais abordé. Les "euthanasies sauvages" sont dénoncées, à juste titre, mais pas un mot pour mettre en lumière les autres dérives scandaleuses qui consistent à prolonger indéfiniment des agonies par peur des médecins d'être accusés d'euthanasie, pas un mot sur les grands prématurés qui, soumis à la loi Léonetti, agonisent en 8, 10, 20 jours comme cela a été dénoncé par le rapport du centre éthique de Cochin dans le journal "Libération" (du 28 février 2014). Parents, médecins, soignants et psychologues en sont restés profondément choqués.

Une dangereuse doctrine fataliste (du latin fatum: c'est à dire destin) s'érige en philosophie de vie. Je cite: "seules les lois divines dont nous ignorons à peu près tout, dictent nos destins".

Ce fragile et improbable précepte appliqué à notre "vivre ensemble" s'appelle l'anarchie dans laquelle toute responsabilité humaine est de fait niée (responsabilités morales ou pénales).

Cette injonction, génératrice d'immobilisme, l'amène à déclarer : "Nous ne pouvons pas, nous ne devons pas interrompre prématurément une vie, sous prétexte que celle-ci devient insupportable". Sa bonne conscience a dû cependant s'accommoder de la loi Léonetti qui préconise une aide à mourir si on en extirpe tous les petits arrangements d'intention, paravent des vertus morales ou dogmatiques.

L'irrévérence dont il fait montre à l'égard de ses confrères me sidère. Je ne pense, heureusement pas, que ces derniers se trompent une fois sur deux ! Mon mari et moi, avons beaucoup de respect pour la plupart d'entre eux, surtout pour le remarquable travail du Professeur Puybasset sur les scores d'évaluation des cérébro-lésés en réanimation. Il nous a expliqué avec gentillesse, disponibilité et accessibilité, son travail à l'hôpital Pitié Salpétrière. Ce n'est pas la notoriété qui guide sa vie professionnelle mais l'humanisme.

"L'euthanasiophile" (je cite le docteur Charbonier) que je suis, selon sa terminologie, s'oppose à "l'eutanasiophobe", selon ma terminologie, qu'il est ! Les "euthanasiophobes", dont il est, ont maintenu notre fils pendant 8 ans 1/2 en coma végétatif, dans un état effarant et l'ont condamné à 6 jours d'agonie effroyable sans sédation. Les mêmes, ont condamné à une courte survie cauchemardesque, à Poitiers, le petit Titouan, né a 4 mois 1/2 de grossesse, avec une hémorragie cérébrale invasive. Ils auront à répondre de leurs actes devant la justice des hommes, car les parents, viennent de porter plainte pour l'euro symbolique. Quel dogme, quelle idéologie, quel principe supérieur, peut légitimer de telles postures ?

Ce Monsieur écrit, avec une pointe de provocation et une certaine suffisance: "J'assume pleinement tous mes écrits et tous mes discours sur ces sujets. Si certains éprouvent de la culpabilité en m'écoutant ou en me lisant, cela voudra dire qu'ils ne se sentent pas tout à fait au clair avec leurs idées ou avec leurs actes".

C'est vrai, je me sens coupable de ne pas avoir eu le courage de Marie Humbert et d'avoir dû laisser mon fils agoniser sans sédation dans des conditions atroces entre les mains des "euthanasiophobes". Monsieur Léonetti, avait dénoncé un "laisser crever" (je le cite) de mon fils dans son livre "à la lumière du crépuscule".

Mon mari et moi-même, pouvons entendre les opposants à l'euthanasie et même leurs détracteurs. Nous sommes quelquefois invités à participer à des débats qui restent toujours pondérés. Le respect de chaque opinion et surtout de chacun est la règle.

Monsieur Vincent Morel (Président de la SFAP) et Monsieur Emmanuel Hirsch (responsable de l'Espace Ethique de l'APHP), nous ont invités à témoigner. Monsieur Léonetti nous a auditionnés en mai 2008. Le Conseil National de l'Ordre des Médecins et le Médiateur de la République nous ont invités à témoigner. Le Professeur Lyon-Caen, conseiller santé auprès du Président de la République, nous a longuement reçus au palais de l'Elysée le 15 juillet 2013, il s'est montré très attentif à notre discours. Le jury citoyens nous a auditionnés en décembre 2013. Nous avons eu des échanges parfois houleux avec certaines personnes lors des colloques sur "la fin de vie" dans le respect mais, je n'ai jamais vu un étalage aussi manichéen, que celui exposé par le docteur Charbonier dans son livre. Certes, ce dernier, prétend à juste titre, je cite: "...que nos différences sont aussi nos richesses".

Cependant, je pense que :

- Une chose est de débattre en avançant des arguments éthiques.

- Une autre est d'arguer des valeurs morales ou sociétales.         

- Une troisième est l'attitude des religieux dont les représentants les plus intégristes foulent régulièrement le pavé parisien mais, après tout... Tant que notre République laïque ne cède pas à leur tentative d'intrusion.

- Une quatrième, non recevable à mon sens, est la calomnie érigée en argument.

Mais quel est l'objet de son amalgame caricatural et calomnieux, ci-dessous, sinon d'insulter, insulter gratuitement. Je cite (page 181) : "Meurtres crapuleux, guerres sanglantes, peines de mort, suicide, interruption de grossesse; l'homme e trouve toujours d'excellentes raisons pour supprimer la vie de l'autre ou pour se tuer lui-même......l'euthanasie n'échappe pas à la règle". C'est inexcusable ! Par ailleurs, cette invective induit un déni stupéfiant de la souffrance psychique de certains malades mentaux (entre 5 et 10 % des schizophrènes) qui passent à l'acte. Quelle drôle de déontologie !

Je suis outrée et surtout choquée de ce procédé outrancier, émanant d'un homme de sciences. Je terminerai par cette définition: L'orgueil est un manque ou une absence d'humilité et, selon le philosophe Théophraste, le mépris de tout, sauf de soi-même.

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Published by parents d'Hervé Pierra - dans fin de vie
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Jean-Jacques Charbonier 07/04/2015 23:41

Je comprends la révolte de ces parents. J'ai bien conscience d'être à "contre courant" de l'avis général de nos sondés mais je reste malgré tout opposé au suicide assisté et à l'euthanasie active.
Je m'en explique longuement dans ce livre. Nos différences sont nos richesses. Elles nous permettent d'argumenter et d'ouvrir le débat. Avec toute mon amitié. Dr Jean-Jacques Charbonier

Elie 17/10/2015 13:55

Bonjour Docteur, vous avez droit d'avoir votre opinion, mais laissez ceux qui ne supportent pas la douleur d'avoir recours au suicide assisté. De quel droit votre avis doit prévaloir l'avis des gens qui souffrent le martyre?
Vous dites:" Nos différences sont nos richesses." C'est une jolie phrase et c'est tout. Pendant le temps que la société se perd dans ces débats stériles, pleins de "belles" paroles, des gens qui ne peuvent plus supporter la douleur, souffrent. C'est humain de les laisser souffrir L'être humain a droit de décider. Le corps médical ne doit pas avoir le dernier mot? Il est au SERVICE des patients, ce n'est pas le contraire.
Avec tout mon respect.

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  • : Ce blog est destiné à faire connaitre notre drame et à recueillir vos commentaires et témoignages personnels sur le délicat sujet de la fin de vie. Notre fils Hervé Pierra est resté plongé dans un coma végétatif chronique irréversible pendant 8 ans 1/2. Il est décédé après l'application de la loi Léonetti en 6 jours cauchemardesques, sans sédation. Nous avons promis à notre enfant de nous "battre" pour qu'une telle horreur n'affecte plus jamais personne.
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