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1 août 2013 4 01 /08 /août /2013 11:00

Exédés par toutes les contre-vérités figurant dans l'avis du CCNE sur la législation concernant la fin de vie et l'euthanasie en Belgique, les médecins belges procèdent à quelques rectifications...!

Ci-dessous la lettre ouverte qu'ils viennent d'adresser au CCNE.

 

Lettre ouverte au Président et aux Membres du Comité Consultatif National d'Ethique

 

Monsieur le Président,

Mesdames, Messieurs,

 

Responsables de la formation des médecins qui, de par la loi du 28 mai 2002 relative à l’euthanasie, sont obligatoirement consultés lorsqu’une euthanasie est envisagée en Belgique ou membres de la commission fédérale de contrôle et d’évaluation de l’euthanasie, nous avons pris connaissance de l’avis n° 121 du CCNE rendu public le 30 juin dernier. Nous regrettons de constater que cet avis donne une image inexacte et tendancieuse de la pratique de l’euthanasie en Belgique. Nous en avons une large expérience par nos contacts réguliers avec les quelque 700 médecins consultants que nous avons formés et qui participent aux décisions d’euthanasies dans notre pays et par nos fonctions hospitalières dans de grands hôpitaux universitaires où l’euthanasie est pratiquée. À travers les déclarations légales, ceux des soussignés qui sont membres de la commission fédérale de contrôle ont une vision globale de l’ensemble des euthanasies pratiquées. Nous tenons à rectifier certaines affirmations contenues dans l’avis du CCNE et défendre tant notre législation relative à l’euthanasie que l’honneur des médecins qui l’appliquent.

 

Contrairement aux affirmations de l’avis du CCNE, toute personne en situation de fin de vie qui le souhaite peut dans notre pays bénéficier de soins palliatifs, tant à domicile qu’en institution. Notre pays a été pionnier en ce domaine. Des dispositions légales ont été prises qui assurent tant la couverture financière de ces soins qu’un soutien familial (congé légal pour un proche). Il faut souligner que de très nombreuses euthanasies concernent des patients qui avaient bénéficié de soins palliatifs pendant plusieurs semaines ou mois. Une étude publiée à ce sujet met d’ailleurs en évidence que les demandes d’euthanasies émanent aussi fréquemment de patients traités dans des unités de soins palliatifs que de patients qui ne le sont pas.

 

Contrairement aux affirmations de l’avis du CCNE, la loi concerne les patients atteints d’affection incurable et en grande souffrance qu’ils soient « en phase terminale » ou non. Les patients «incapables» de même que « les personnes atteintes de maladies neuro-dégénératives dans une phase assez précoce » cités dans cet avis étaient bien dans les conditions légales pour obtenir l’euthanasie.

 

Contrairement aux affirmations de l’avis du CCNE, dans tous les cas où le décès n’est pas prévisible à

brève échéance, trois médecins dont un au moins est soit spécialiste de l’affection en cause soit psychiatre ont effectivement confirmé la présence des critères légaux.

 

Contrairement aux affirmations de l’avis du CCNE, il est inexact que la consultation d'un autre médecin pour la démence ou la dépression n'est pas considéré comme essentiel par la Commission de contrôle.

 

Contrairement aux affirmations de l’avis du CCNE, les médecins belges sont attentifs à rédiger

correctement le document obligatoire adressé à la Commission de contrôle. Il ne faut pas oublier la contrainte que constitue l’obligation d’une prescription rédigée au nom du patient pour obtenir les produits létaux auprès d’un pharmacien, et qui signale qu’ils sont destinés à une euthanasie légale.

 

Contrairement aux affirmations de l’avis du CCNE, le contrôle n’est nullement superficiel. Il ne faut pas oublier que le document rédigé a posteriori complète les rapports des médecins indépendants consultés a priori et qui doivent confirmer par un rapport écrit l’existence des conditions légales. Il y a donc non seulement un contrôle a posteriori mais une concertation a priori qui implique deux et parfois trois médecins.

 

Contrairement aux affirmations de l’avis du CCNE, l’évolution du nombre d’euthanasies pratiquées dans notre pays est parfaitement normale et ne témoigne que d’une appropriation progressive par les citoyens et par les médecins de la possibilité d’échapper aux aléas de la mort « naturelle ». Les rapports examinés par la commission de contrôle témoignent des souffrances endurées et d’une mort vécue par le patient comme une réelle délivrance.

 

Contrairement aux affirmations de l’avis du CCNE, tous les témoignages des médecins ayant pratiqué

l’euthanasie, comme notre expérience personnelle, permettent d’attester d’une mort calme, en sommeil profond, survenant en quelques minutes au moment choisi et souvent précédée d’adieux émouvants aux proches.

 

Contrairement aux affirmations de l’avis du CCNE, il est faux que des infirmières pratiquent l'euthanasie dans notre pays.

 

Enfin, promouvoir la sédation profonde en extrême fin de vie comme substitut à l’euthanasie nous paraît injustifiable. La sédation n’assure pas une mort paisible. Elle maintient le patient coupé du monde extérieur, ni vivant ni mort, pendant plusieurs heures ou jours en attendant que survienne le décès. Une telle prolongation de l’agonie peut constituer pour les proches une épreuve extrêmement traumatisante, voire cruelle, d’autant plus que des complications dramatiques de tous ordres peuvent survenir sous leurs yeux (hémorragies, convulsions, etc). De plus, la technique exige pratiquement une surveillance constante généralement en milieu hospitalier. Elle ne permet pas de prévoir le moment de la mort. Elle ne répond donc pas au souhait de plus en plus exprimé d’une mort à domicile, entouré des siens.

 

Il est paradoxal que le CCNE s’émeuve de la possibilité que la législation en vigueur dans notre pays puisse ne pas être parfaite alors que dans les pays, dont la France, où l’euthanasie est interdite ces pratiques sont recouvertes d’un voile opaque qui cache de multiples situations humainement inacceptables et des actes délictueux clandestins. Quant à la loi Léonetti, vantée dans l’avis du CCNE, elle n’a fait que légaliser une pratique médicale tout à fait normale, à savoir l’interdiction de l’acharnement thérapeutique. Transformant un devoir du médecin en pouvoir, elle précise que « le médecin (…) peut renoncer à entreprendre ou poursuivre des traitements qui apparaissent inutiles, disproportionnés ou qui n’ont d’autre objet ou effet que le maintien artificiel de la vie » . Elle marque donc un recul par rapport aux devoirs déontologiques du médecin.

 

L’euthanasie est vieille comme le monde. Si Hippocrate, dans son serment, avait trouvé nécessaire

d’interdire aux médecins de « remettre du poison, si on m’en demande, ni de prendre l’initiative d’une pareille suggestion », c’est bien que les patients le demandaient déjà, et que des médecins pouvaient déjà les comprendre et peut-être les aider. Le grand mérite de la dépénalisation, c’est de sortir de la clandestinité et du mensonge un geste, certes difficile, mais qui grandit celui qui le demande et celui qui le réalise, parce qu’il affirme la liberté de l’homme face au néant.

 

Deux géants parmi nos compatriotes, l’écrivain Hugo Claus et plus récemment le prix Nobel de médecine Christian de Duve, deux passionnés de la vie, nous l’ont rappelé. Leur décision d’y recourir et leurs déclarations rejoignent l’appel rendu public il y a 40 ans par trois prestigieux prix Nobel dont le Français Jacques Monod qui avaient en 1974 signé un texte en faveur de « l’euthanasie humanitaire » qu’ils définissaient comme « une mort rapide, sans douleur, considérée comme un bienfait par l’intéressé ».

 

La Belgique se sent fière d’avoir entendu cet appel.

 

Croyez, Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs à nos sentiments très distingués

 

Dr Wim Distelmans, Professeur Vrije Universiteit Brussel, Chef de service des soins palliatifs, Hop. académique VUB Bruxelles, Coprésident de la Commission fédérale de contrôle, Responsable de la formation des médecins LEIF

 

Dr Dominique Lossignol, Chargé de cours Université libre de Bruxelles, Chef de la clinique des soins palliatifs, Institut J. Bordet Bruxelles, Coordonnateur de la formation des médecins EOL

 

Dr Marc Englert, Professeur Université libre de Bruxelles (hon.), Membre rapporteur de la Commission fédérale de contrôle

 

Dr François Damas, Professeur Université de Liège, Chef de service des soins intensifs, Président du comité d’éthique hospitalier, CHR Citadelle Liège, Responsable de la formation des médecins EOL

 

Dr Peter De Deyn, Professeur Université d’Anvers, Chef du département de neurologie, Hôpital académique Middelheim Anvers

 

Dr Philippe Deron, Département de chirurgie, Hôpital universitaire de Gand, Médecin LEIF

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Published by parents d'Hervé Pierra - dans fin de vie
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