Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
3 août 2013 6 03 /08 /août /2013 09:22

Notre lettre ouverte aux médecins Belges après lecture de leur lettre ouverte adressée au Comité Consultatif National d'Ethique : CCNE (possibilité de lire cette lettre ouverte dans l'article précédant de notre blog).

 

Nous sommes les parents d’Hervé Pierra, le cas de notre enfant avait été médiatisé en France. Notre fils est resté plongé dans un coma végétatif chronique irréversible pendant 8 ans ½ et est décédé en 6 jours cauchemardesques après l’application de la loi Léonetti, sans aucune sédation.

Nous comprenons votre révolte et votre courroux. Mon mari et moi-même, nous nous « battons » depuis une dizaine d’années pour un référendum sur la question de la fin de vie en France, afin que chaque citoyen se détermine en connaissance de cause et en conscience.

Nous assistons régulièrement à des débats et des conférences et attestons que la législation belge en la matière, joue un rôle de « repoussoir ». Nos amis hollandais, bénéficient du même traitement. Le procédé est simple et vieux comme le monde. Un proverbe dit : « quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage ! ». Eh bien, nous y voilà ! Ce péage « bonne conscience », autorise tout, légitime tout et n’importe quoi.

Nous ne sommes pas naïfs et savons que ce type de procédé, qui n’honore pas ses auteurs, est la seule méthode des « sans arguments ». Agiter les peurs et les fantasmes de toutes sortes, abonder dans des provocations outrancières, sont autant d’indignités et d’aveux de faiblesse. Le fait d’égratigner, voire de blesser nos amis belges et hollandais, n’a guère d’importance au regard de ce que certains défendent comme un enjeu primordial : « refuser à tout prix l’euthanasie ou l’exception d’euthanasie ». La limite de la diffamation est atteinte lorsque des soignants colportent des rumeurs d’atrocités commises de l’autre côté de la frontière. Les dégâts des rumeurs sont incommensurables.

 

 

Les français qui se déclarent à 86 % pour l’euthanasie, très encadrée, bien sûr, ne sont pas mieux lotis. Il est de coutume de mettre en exergue le « bon sens populaire », mais là, il est allègrement piétiné ! Le mode opératoire employé est très similaire à celui qui vous est appliqué.

Nous qui souhaitons une législation pour une aide active à mourir, nous sommes :

-          Disqualifiés, étant jugés incapables d’intellectualiser tous les critères de réflexion, en un mot, nous serions tous des imbéciles.

-          Soupçonnés d’agir sous le coup de l’émotion, de façon très épidermique à la vue d’images chocs ou à la connaissance de faits divers déchirants. Nous serions donc victimes de nos sens et également manipulés par les médias.

-          Méprisés, en occultant le fait que certains d’entre nous ont vécu des expériences d’agonies douloureuses et longues auprès d’êtres chers.

-          Culpabilisés en étant taxés d’eugénisme avec pléthore de références au nazisme, aussi honteuses que décalées.

-          Vilipendés abusivement, pour feindre de suspecter que nos souhaits d’aide active à mourir, représenteraient un frein au développement des soins palliatifs.

-          Suspectés de pure inconscience au regard des risques potentiels de dérives (ce qui constituerait au passage, un aveu d’échec d’autorité du législateur).

-          Accusés d’avoir une vue simpliste et binaire du problème, se réduisant à : « pour » ou « contre », alors que notre société savante, elle, réfléchit, doute, tergiverse, pour souvent aboutir à son incapacité de savoir. « L’art du doute à tout prix » ou, comme je l’avais dit à notre député Jean Léonetti, instigateur de la loi qui porte son nom et qui prône le doute comme base de réflexion : « au moins, Monsieur le député, vous ne doutez pas des vertus du doute ! » (pour l’anecdote).

-          Ballotés entre complexification et propos déstabilisants. Le docteur Régis Aubry, par exemple, qui vante les mérites de la sédation profonde, ou ceux du double effet et qui parallèlement objecte que ces derniers ne devraient pas systématiquement être utilisés. La psychologue de renom Marie de Hennezel, préconise la transgression de la loi plutôt que l’élaboration d’une loi sur la fin de vie. Pour sacrifier à l’illusion d’une non euthanasie, on voit émerger une forme de « maltraitance institutionnalisée ». Celle-ci est dénoncée par Monsieur Philippe Bataille, sociologue, directeur d’études à l’école des hautes études en sciences sociales, auteur du livre « à la vie à la mort ». Il relate le cas édifiant, entre autres, d’un prématuré non viable auquel on a appliqué la loi Léonetti (le laisser mourir de faim et de soif) alors qu’avant, il aurait aidé à mourir en paix et en toute humanité.

-          Exposés sans vergogne au mensonge institutionnalisé qui s’énoncerait à peu près comme cela : « vous, qui êtes favorables à une législation sur l’euthanasie, tenez ce discours car vous ne connaissez pas la loi Léonetti qui condamne l’acharnement thérapeutique et permet d’accéder dans l’apaisement au décès par sédation en quelques jours jusqu‘au terme naturel de la vie ». Voici les étapes constitutives de ce mensonge et déferlement d’idées reçues :

1- L’obstination déraisonnable ou l’acharnement thérapeutique sont des notions abstraites donc interprétables et à géométrie variable.

2- On ne meurt pas en 48 heures sans être hydraté et alimenté, à qui peut-on servir cela ? Chacun a en mémoire des images de victimes sorties vivantes des décombres lors de terribles tremblements de terre  après 10 ou 12 jours sans aliments et sans eau .Les témoignages que nous recevons font état de trois a quatre  semaines d’agonie.

3- Les victimes collatérales des progrès de la réanimation sont condamnées à perpétuité. Il est normal et légitime de réanimer quelqu'un d’inconscient en arrêt cardio respiratoire mais après, lorsque les IRM attestent de lésions cérébrales très graves et irréversibles comme dans les anoxies du cerveau, que faire ? Il n y a pas de machines à débrancher de tuyaux à enlever. Seul le corps survit parfois à minima comme ce fût le cas pour mon enfant dans le coma pendant plus de 8 ans, inconscient, totalement paralysé, trachéotomisé et nourri par sonde gastrique. Il s’étouffait en permanence dans ses propres glaires, car déglutissant à minima, il faisait des fausses routes régulièrement.

4- Les personnes qui prônent une mort naturelle pour ponctuer ces vies artificielles devraient nous faire part de leur méthode. La dite mort naturelle, lorsqu’elle frappe à notre porte, sous la forme d’un cancer ou autre, nous n’en voulons pas, nous ne la laissons pas faire son œuvre naturelle, nous courons vite chez le cancérologue le plus réputé pour contrecarrer « Dame nature » et défier la mort naturelle. Le principe fondateur de notre société : «  Tu ne tueras point ! », est abusivement et éhontément argué pour fermer la porte à tout débat. La compassion n’est pas « un homicide volontaire » ! C’est l’institution (c'est-à-dire l’homme) qui, en décidant que la mort n’est pas autorisée, se substitue à Dieu et condamne à des doubles peines : celle de ne plus pouvoir vivre et celle de ne pas avoir le droit de mourir.

5- L’évocation constante de la protection des plus fragiles et des plus vulnérables est bien compréhensible mais si une aide active  était instaurée, autorisée, elle ne serait pas pour autant préconisée. L’avortement est légal en France, ce n’est pas pour autant que les femmes enceintes se voient proposer cette stupéfiante indication.

6- La frontière si ténue entre le licite (loi Léonetti) et l’illicite (l’euthanasie) engendre des drames qui défraient régulièrement la chronique.

 

 

Les principaux concernés, les malades qui sont en phase terminale de maladies incurables, submergés de douleurs réfractaires, ne reçoivent aucun écho à leur demande d’aide active à mourir. La société savante objecte que :

-          Leur demande de mort ne serait en fait que l’expression d’une profonde solitude. Ainsi disqualifiés d’office, on nie leurs souffrances insupportables.

-          Notre société consumériste et égoïste serait responsable de ces solitudes, incapable d’empathie et de solidarité. Les français seraient donc des êtres indignes qui rejetteraient les plus vulnérables.

-          La demande d’aide active à mourir est présentée comme la résultante d’une altération du jugement par la souffrance.

-          On cherche à culpabiliser ces patients de ne pas avoir le courage d’affronter la mort.

-          Un autre argument s’impose comme une cynique ironie : il s’agit de la nécessité de subir le temps de l’agonie. Un vocabulaire a vu le jour, décrivant le temps de l'agonie comme celui du détachement psychologique.

 

 

L’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (ADMD), qui compte plus de 50000 adhérents, dont nous faisons partie, s’emploie à défendre notre « ultime liberté ». C’est un dur « combat » que nous menons, accusés très bizarrement de prôner une « culture mortifère », nous devons subir toutes sortes de quolibets, plus injustes les uns que les autres. C’est justement notre amour de la vie qui nous guide et nous pousse à réclamer un départ en douceur, dans la paix de l’âme, accompagnés des nôtres. Non ! Nous ne sommes pas honteux d’avoir peur de la mort et encore moins d’avoir peur de souffrir !

 

 

Messieurs, vos capacités d’analyse, la pertinence de vos mises au point et de vos conclusions, exposées dans des termes respectueux et pondérés, nous touchent beaucoup. Vous représentez pour nous l’image digne et noble du « vrai » médecin, celui qui sait, qui soigne les plaies du corps et de l’âme et qui sait se mettre avec humanité au niveau de l’autre pour l’entendre et l’accompagner, dans un amour solidaire, vers la porte de la mort.

Partager cet article

Repost 0
Published by parents d'Hervé Pierra
commenter cet article

commentaires

traitement varices 27/02/2014 18:59

triste comme histoire :(.

Jacqueline 04/08/2013 11:03

Un seul mot "Bravo" !
Vous dites merveilleusement bien ce que ressentent des milliers de gens ! Je diffuse votre lettre
Continuons le combat contre l'obscurantisme en France , médical , social et religieux !

Présentation

  • : Blog parents d'Hervé Pierra: fin de vie dans la compassion
  • Blog parents d'Hervé Pierra: fin de vie dans la compassion
  • : Ce blog est destiné à faire connaitre notre drame et à recueillir vos commentaires et témoignages personnels sur le délicat sujet de la fin de vie. Notre fils Hervé Pierra est resté plongé dans un coma végétatif chronique irréversible pendant 8 ans 1/2. Il est décédé après l'application de la loi Léonetti en 6 jours cauchemardesques, sans sédation. Nous avons promis à notre enfant de nous "battre" pour qu'une telle horreur n'affecte plus jamais personne.
  • Contact

Recherche

Liens