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16 décembre 2013 1 16 /12 /décembre /2013 16:00

Le 7 décembre, nous avons été auditionnés par la conférence citoyenne, celle-ci a rendu aujourd'hui son avis sur la délicate thématique de la fin de vie .

« Le Parisien » et « Aujourd’hui en France », informés de notre audition, ont écrit un article (ci-dessous) sur le cas de notre fils Hervé.

Christine Mateus | Publié le 16 déc. 2013, 07h00 « Le Parisien » et « Aujourd’hui en France »

« On a laissé mon fils mourir de faim et de soif »

 

Hervé Pierra a été l’un des premiers pour lesquels la loi Leonetti a été appliquée. Alors que la conférence citoyenne rend aujourd’hui son avis sur la fin de vie, ses parents témoignent.

  

Le « temps du deuil », promis par les médecins, aura été pour les époux Pierra celui du spectacle d’une agonie. Celle de leur fils, Hervé, décédé au terme de six jours « d’horreur » après huit ans et demi de coma végétatif en 2006. Le jeune homme de 28 ans était alors l’un des premiers cas pour lesquels la loi Leonetti était appliquée. Une loi instituant un droit au « laisser-mourir » qui ne leur sera accordé qu’après d’âpres confrontations avec le corps médical « mal informé et pétrifié par la peur de se retrouver devant un tribunal, accusé d’euthanasie. »

« Au bout du compte, on a laissé mon fils mourir de faim et de soif », résume de colère Danièle, cette maman qui s’est rendue tous les jours au chevet de son « ange », d’abord hospitalisé à Clamart, dans les Hauts-de-Seine), puis dans un centre de soins de long séjour à Saumur, dans le Maine-et-Loire, où ils habitaient alors.

Leur combat pour que plus personne ne meure ainsi

Depuis, les Pierra ont déménagé en Vendée « pour tourner la page ». Mais ce combat pour faire reconnaître l’insuffisance de la loi sur la fin de vie, adoptée en 2005, Paul Pierra et son épouse continuent à le mener tous les jours sur leur blog. Ils l’ont rappelé, le 7 décembre, lorsqu’ils ont été auditionnés par la conférence citoyenne, organisée par le Comité consultatif national d’éthique qui rendra son avis aujourd’hui sur l’euthanasie et le suicide assisté.

Pèsera-t-il dans la loi promise par le candidat Hollande? « Vous savez, nous sommes dans un pays où l’on s’écoute beaucoup parler. Or, sept ans après la mort de mon fils, nous en sommes toujours au même point. Des familles doivent encore traverser des épreuves inhumaines. La loi évoluera peut-être pour les gens atteints de maladies incurables, qui peuvent exprimer leur consentement. Mais pour les personnes inconscientes, je ne pense pas que l’on écoutera leur silence », prédit encore Danièle.

Le chemin de croix commence le 30 mai 1998 lorsque Hervé tente de se pendre. Paul, son père, alors capitaine à la brigade des sapeurs-pompiers de Paris, le découvre et le décroche. Mais le cerveau d’Hervé a été privé trop longtemps d’oxygène. Le jeune homme est plongé dans un coma végétatif irréversible. Seule une sonde d’alimentation le maintient en vie. « Nous l’avons su très vite. Il était 100% inconscient, 100% paralysé », ajoute le papa.

Quand la loi Leonetti passe, les Pierra demandent « l’arrêt des traitements et l’administration de sédatifs pour l’accompagner en douceur et contrôler la souffrance ». L’équipe médicale finit par accepter mais le protocole ne prévoit pas de sédation « au motif que cela retarderait la survenue de la mort et que, de toute façon, une personne en état végétatif chronique ne ressent pas la douleur », s’étrangle Danièle.

La sonde d’alimentation est retirée. « A partir du deuxième jour, il s’est mis à trembler. Son corps et ses yeux, grands ouverts, étaient cyanosés. Les cinquième et sixième jours, il était comme branché sur du 220 volts. On avait l’impression qu’il faisait des crises d’épilepsie en permanence. Nous hurlions dans la chambre, demandant qu’on lui donne un sédatif, en vain, relate Paul. Nous sommes alors retournés à la maison. J’étais bien décidé à aller chercher le caméscope et à filmer mon fils parce que personne ne nous aurait crus. Le temps de le mettre en charge, quelqu’un a téléphoné pour dire que c’était fini. Est-ce qu’il a donné « le coup de seringue » pour soulager mon fils? Sans doute. Je ne le sais pas et je ne chercherai pas à savoir. » C’était le 12 novembre 2006. Ce jour-là, le couple Pierra s’est fait la promesse de se battre pour que plus jamais personne ne meure ainsi.



 

 




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Published by parents d'Hervé Pierra
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J.C 17/03/2014 14:38

De voir quelqu’un souffrir sous ses yeux, et ne pouvoir rien faire pour soulager cette douleur, alors qu’il n’y a aucun espoir ou amélioration, je n’appelle pas ça, VIVRE.
Moi je suis pour l’euthanasie. J’ai vu ma mère se dégrader chaque jour, sans pouvoir lui apporter d’aide, car elle était trop faible. Elle est devenue aveugle, ensuite la sonde, le goutte à goutte
et la bouillie pharmaceutique, puis un temps végétatif de plusieurs mois jusqu’à son décès. Depuis cinq ans, elle ne demandait qu’une chose, MOURIR.
Mourir dans la dignité, car elle comprenait que son état de santé se dégradait de plus en plus.
Mais l’euthanasie est interdite en France. Sinon j’aurais dit oui à l’euthanasie. Lorsqu’il n’y a plus d’espoir, pourquoi continuer de faire vivre les malades.
Bien sûr, il ne faut pas le prendre à la légère. Les plus proches dans la famille doivent être consultés, avec un ou deux médecins, voir un officier de police, pour en parler. Aussi, pour qu’il n’y
ait pas de dérapage coté héritage. Ne pas donner la mort, pour hériter plus vite des biens de l’intéressé.
Moi je dis oui, à l’euthanasie.
Pour votre fils Hervé, j'estime que les médecins aurait pu lui donner des sédatifs pour ne pas finir sa vie ainsi.
On ne sent peut-être rien dans un état comateux, mais pour l'image de ce fils devant ses parents qui le veille, afin que vous gardiez le souvenir d'un enfant calme et serein devant les portes la
mort. Les médecins aurait dû, lui injecter des calmants, afin d'accompagner Hervé jusqu'à ce que son coeur s'arrète, ou lui injecter un produit pour l'endormir.
L'heutanasie ne veut pas dire abandonner le malade, sans soins. L'eutanasie c'est arréter le coeur de quelqu'un pour lui éviter de souffrir davantage pour rien.
Je vous souhaite beaucoup de courage, et la bienvenue en Vendée ensoleillée actuellement,avec une mer calme.
Amicalement.

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  • : Blog parents d'Hervé Pierra: fin de vie dans la compassion
  • Blog parents d'Hervé Pierra: fin de vie dans la compassion
  • : Ce blog est destiné à faire connaitre notre drame et à recueillir vos commentaires et témoignages personnels sur le délicat sujet de la fin de vie. Notre fils Hervé Pierra est resté plongé dans un coma végétatif chronique irréversible pendant 8 ans 1/2. Il est décédé après l'application de la loi Léonetti en 6 jours cauchemardesques, sans sédation. Nous avons promis à notre enfant de nous "battre" pour qu'une telle horreur n'affecte plus jamais personne.
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